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LE JUGEMENT MAJORITAIRE Michel Balinski et Rida Laraki For a description in English, see below Cette page concerne la documentation théorique et expérimentale d'un nouveau mode de scrutin : "le jugement majoritaire". Le jugement majoritaire vient d'être testé pour la première fois au premier tour des élections présidentielles le 22 avril 2007 dans trois bureaux de vote de la ville d'Orsay (Essonne). Nous présentons ici quelques résultats. Pour une étude plus détaillée des résultats, veuillez consulter la revue "Commentaire" Volume 30, Numéro 118 (été 2007) pp. 413-420. Ce mode de scrutin est issu d'une nouvelle théorie du vote qui trouve ses origines dans les idées de Pierre-Simon, marquis de Laplace, et de Sir Francis Galton. Elle démontre que le jugement majoritaire est la seule méthode qui répond à tout un ensemble de critères qui ont été développés depuis plusieurs siècles dans le domaine de " la théorie du choix social ". Elle évite le célèbre paradoxe de Condorcet et sa généralisation au théorème " d'impossibilité " de Kenneth Arrow en envisageant le problème du vote différemment. Au lieu d'imaginer qu'un électeur a dans sa tête une liste des candidats dans l'ordre de ses " préférences ", il est supposé qu'il peut évaluer chaque candidat. Pour un résumé de la théorie voir
: Pour une étude détaillée de l'expérience
:
Un ouvrage, One-Value, One-Vote: Measuring, Electing and Ranking, est à paraître. L'expérience d'Orsay Le jugement majoritaire pose à l'électeur la question : "Pour présider la France, ayant pris tous les éléments en compte, je juge en conscience que ce candidat serait" et lui demande une réponse pour chaque candidat dans un langage commun à tous les Français : Très Bien, Bien, Assez Bien, Passable, Insuffisant,
ou A Rejeter. Ainsi, l'électeur émet une opinion sur chacun des candidats. L'ensemble des mentions d'un candidat détermine sa mention-majoritaire (décrite ci-dessous). Le candidat avec la meilleure mention-majoritaire est élu. Un tour d'élection suffit. Chaque électeur d'Orsay a été invité
à remplir le bulletin de vote suivant.
Description
En sortant, après leur vote réel, les électeurs
des trois bureaux de vote étaient invités à participer
à l'expérience utilisant le jugement majoritaire. Ils
avaient été informés de l'expérience par
courrier, imprimé et affiche avec la coopération de la
mairie. L'expérience a été réalisée
dans les conditions habituelles : les bulletins étaient remplis
et insérés dans des enveloppes dans des isoloirs, puis
déposés dans des urnes transparentes. Contrairement aux
prévisions de plusieurs élus et intellectuels, les électeurs
n'ont eu aucune difficulté à s'exprimer : pour la plupart,
une minute leur suffisait. Les files d'attentes pour le jugement majoritaire
n'étaient pas plus longues que celles du scrutin officiel. Cela
dit, les participants ne signaient aucun registre et ne déclinaient
pas leur identité. 1752 des 2360 personnes ayant voté en réel
ont participé à cette expérience, c'est-à-dire
74%. 19 des bulletins ont été jugés invalides,
laissant 1733 suffrages exprimés. Les membres de l'équipe et Raphaël Hitier, un journaliste d'itélé qui préparait un reportage sur l'expérience, ont tous eu la même impression : les participants étaient contents d'avoir la possibilité d'exprimer leur opinion concernant tous les candidats. En particulier, ils étaient très satisfaits de l'opportunité de " Rejeter " des candidats. Ainsi, par exemple, en moyenne, un électeur donnait des Très Bien à 0,7 candidats et des A Rejeter à 4,1 candidats.
Le résultat du dépouillement
Calcul de la mention-majoritaire d'un
candidat Calcul de l'ordre entre des candidats
ayant la même mention-majoritaire Par exemple, la mention-majoritaire de Ségolène
Royal devient " Assez Bien - " car 39,4% = 16,7% + 22,7% de
ses mentions sont meilleures que Assez Bien et 41,5% = 16,8% + 12,2%
+ 10,8% + 1,8% sont pires que Assez Bien. Un candidat avec un " Assez Bien + " est classé
devant un candidat avec un " Assez Bien - ", et il en va de
même pour toute mention-majoritaire. De deux candidats avec un
" Assez Bien + ", celui ayant le plus grand pourcentage des
mentions meilleures que Assez Bien est classé devant l'autre
; et de deux candidats avec un " Assez Bien - ", celui ayant
le plus grand pourcentage des mentions pires que Assez Bien est classé
derrière l'autre ; et, à nouveau, idem pour toutes les
mentions-majoritaires. Par exemple, Ségolène Royal et
Nicolas Sarkozy ont tous les deux la mention-majoritaire " Assez
Bien - ", Royal a 41,5% de mentions pires que Assez Bien et Sarkozy
46,9% de mentions pires que Assez Bien, donc Royal est classée
devant Sarkozy. Le jugement majoritaire des candidats
François Bayrou, avec une mention-majoritaire d'"Assez
Bien + ", précède les deux autres " grands "
candidats, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, tous les
deux avec la mention-majoritaire " Assez Bien - ". Le jugement
majoritaire utilise les évaluations de tous les électeurs,
sur tous les candidats. Cela explique pourquoi Bayrou (troisième
au premier tour avec le système actuel) dépasse tous les
autres ; et aussi pourquoi Jean-Marie Le Pen est classé dernier
(alors qu'il termine quatrième dans le système actuel).
Ses 74,4% (= 71,7% + 2,7%) de A Rejeter dominent de loin les 25,6% de
ses mentions meilleures. Un autre décalage avec le système
actuel est la quatrième position de Dominique Voynet : les votants
ont pu exprimer l'importance qu'ils attachent aux problèmes de
l'environnement tout en attribuant des mentions plus élevées
à des candidats qu'ils jugeaient plus aptes à présider
la France. Commentaires
Le jugement majoritaire du bureau 12 donne presque les mêmes résultats que les trois bureaux ensemble, à quelques exceptions près : Royal est première avec un " Assez Bien + " et Bayrou second avec la même mention-majoritaire ; Villiers est neuvième et Nihous dixième ; Besancenot obtient un " Passable - ". Pour le reste, l'ordre entre les candidats et leurs mentions-majoritaires sont identiques. Pourtant, Bayrou, autant " au centre " dans le premier cas que dans le second, n'est pas le gagnant du jugement majoritaire. Cela démontre que Sarkozy aurait peut être été le vainqueur si le jugement majoritaire avait été utilisé partout en France. Toutefois, si le jugement majoritaire était le mode de scrutin utilisé pour élire le président de la France (ou les députés, les maires, les conseillers généraux et municipaux, etc.), alors les campagnes électorales seraient très différentes. Remerciements: The Majority Judgement Michel Balinski and Rida Laraki This page presents elements of both the theory and the practical application of a new method of voting: "the majority judgement." The majority judgement was tested for the first time on April 22, 2007, in the first round of the French presidential elections, in three voting precincts of Orsay, a town close to Paris. Electors were posed the question: To be President of France, and asked to give an answer for every candidate in a language common to all French voters: Très Bien, Bien, Assez Bien, Passable, Insuffisant,
ou A Rejeter. Or, roughly translated: Excellent, Very Good, Good, Acceptable, Poor, and
To Reject. It is very important to appreciate that the precise question
addressed the voters and the words used to describe their evaluations
are of great significance. In France, the terms are known and understood
by all those who have gone to school: they provide a common language
in which evaluations may be made. Translations into English are not
valid; indeed, it is almost certainly inappropriate to use the same
words in Australia, Britain, Canada, Ireland, New Zeeland and the United
States, even though they share the same language. The translations above
are given only for the purpose of conveying the idea - and only for
this purpose. This method of voting is derived from a new theory whose origins may be traced to ideas of Pierre-Simon, marquis de Laplace and of Sir Francis Galton. The theory proves that the majority judgement is the only method that meets criteria that have been conceived over several centuries in the area known as "the theory of social choice." The method avoids the famous paradox of Jean Antoine Caritat, marquis de Condorcet, and its generalization to Kenneth Arrow's "impossibility theorem," by seeing and formulating the problem of voting differently. Instead of imagining that a voter has in his or her mind's eye a list of candidates ordered by the voter's "preferences" (doubtful when, as in the recent French election, there were twelve candidates), the voter is assumed to be capable of evaluating each candidate. A brief summary of the theory is give in: A complete account is given in a forthcoming book, One-Value, One-Vote: Measuring, Electing and Ranking, currently in revision. A more detailed analysis of the results of the experiment will appear in "Commentaire" in June 2007. The Orsay experiment The experiment took place in three of the twelve voting precincts of Orsay, considered to be representative of Orsay (precincts 1, 6 and 12), but not representative of all of France. The official first round vote in these three precincts is compared with that of all of France in the following table:
1,752 of the 2,360 persons who cast official votes participated
in the experiment, that is, 74%. 19 ballots were deemed invalid, leaving
1,733 valid ballots. The members of the team that conducted the experiment and Raphaël Hitier, a journalist of i-télé who was preparing a filmed account of it, all had the impression that the participants had been happy to be able to express their opinions on all the candidates. In particular, they were clearly very satisfied to have the opportunity to Reject candidates. Thus, for example, on average a voter gave an Excellent to 0.7 candidates and a Reject to 4.1 candidates.
The results of the count
Determining the majority-grades Determining the majority-order among
the candidates The majority judgement results
François Bayrou, with the majority-grade "Good +," finishes ahead of the other two "major" candidates, Ségolène Royal and Nicolas Sarkozy, each with the majority-grade "Good -." The majority judgement uses all of the voters' evaluations of all of the candidates. This explains why Bayrou (third in the first round with the actual system) finishes ahead of all the others. It also explains why Jean-Marie Le Pen finishes dead last (whereas he is fourth with the actual system): his 74.4% (= 71.7% + 2.7%) of To Reject completely overwhelms the 25.6% of the grades that are better. Another disagreement with the current system is Dominique Voynet's fourth place finish: the voters were able to express the importance they attach to environmental issues while at the same time giving higher grades to candidates they judged better prepared to be President of France. Validation Comments
The majority judgement applied to precinct 12 yields almost the same results as it does for the three precincts together, with the following exceptions: Royal is first with a "Good +" and Bayrou second with the same majority-grade; Villiers is 9th and Nihous 12th; and Besancenot obtains an "Acceptable -." Otherwise, the order of finish among the candidates and their majority-grades are identical. Yet Bayrou, every bit as much in the political center in this instance as in the other, is not the winner with the majority judgement. This proves that Sarkozy could well have been the winner in France with the majority judgement. It must be appreciated, however, that if the majority judgement were the method used to elect the President of France (or to elect any other single candidate among several), the campaigns would be very different. Aknowledgements Documents liés à l'expérience d'Orsay Affiche
de l'expérience scientifique à Orsay Affiche
à Orsay sur comment désigner le gagnant Organisation
de l'expérience d'Orsay Extrait
du "Magazine de la Municipalité d'Orsay" du 29 mars 2007
Extrait
de la lettre du Maire d'Orsay aux électeurs Articles dans la presse "Le
Monde": Le dilemme du vote utile (par Balinski et Laraki) "Nouvel
Observateur" de Mars 2007: Mathématiques et élections
: la théorie des suffrages E-journal
"Agora Vox" : Vote : et si l'on changeait tout ?
"Le Parisien
(Essonne matin)" du 21 avril 2007 : A Orsay, les electeurs vont
juger les 12 candidats "Le Journal du
Dimanche" du 22 avril 2007 : Un vote avec bons et mauvais points
"Le
Républicain" du 10 mai 2007 : Un mode de vote révolutionnaire
en test "Nouvel
Observateur " du 24 mai 2007 : Un nouveau mode de scrutin, un
autre président ? XFlash Juin 2007,
la lettre scientifique de l'Ecole Polytechnique n° 6 : Une nouvelle
méthode de vote "Asahi"
(journal), Tokyo du 12 juin 2007 : Jugement majoritaire Reportages Vidéo ITélé. Jugement Majoritaire - 19 mai 2007 - Présidentielle, mode de scrutin Radio
Nova - 15 juin 2007 - Présidentielle, mode de scrutin Articles scientifiques Une
description détaillée de quatre pages du jugement majoritaire
A
Theory of Measuring, Electing and Ranking Michel Balinski et Rida Laraki, "A
theory of measuring, electing and ranking," Michel Balinski et Rida Laraki, "Le
jugement majoritaire, l'expérience d'Orsay"
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